Lire la version originale en anglais ici
Beaucoup de gens disent – et moi-même je l’ai dit – que le tango argentin est une forme de méditation. Mais est-ce vraiment le cas?
Je connais la méditation mieux qu’avant, et je ne suis plus si certaine que cette danse puisse être considérée comme une véritable méditation, mais elle partage un bon nombre des mêmes qualités et bienfaits.
Réduction du stress. La méditation a maintes fois fait ses preuves, étude après étude, pour réduire le stress et l’anxiété. L’activité physique, la danse en particulier, et le tango encore plus spécifiquement sont également des réducteurs de stress et d’anxiété bien documentés. (J’ai même donné une présentation à un groupe d’éducateurs sur le tango comme outil de réduction du stress.)
Meilleure concentration. La pratique de la méditation de pleine conscience commence par des exercices de concentration, qui peuvent mener éventuellement à un état méditatif. Dans la pratique du yoga, il existe huit membres, ou étapes. Les postures physiques (asanas) viennent avant la concentration, qui vient elle-même avant la méditation. Le tango, lui aussi, est un exercice de focus et de concentration. Nous disposons de nombreux outils – la musique, le mouvement et un partenaire – pour nous aider. De nombreuses techniques de méditation utilisent également des outils : une voix pour nous guider, des sons (comme le chant) ou notre propre souffle pour nous aider à nous concentrer.
Bonheur accru. Il a été démontré que la méditation améliore l’image que les pratiquants ont d’eux-mêmes et leur vision de la vie. Si vous dansez le tango, je n’ai pas besoin de vous dire qu’il peut lui aussi apporter une nouvelle joie à votre vie. L’aspect social, le plaisir de la musique et le sentiment d’accomplissement à mesure que nous améliorons nos habiletés sont tous des facteurs reconnus d’amélioration de l’humeur.
Meilleure connaissance de soi. Les deux pratiques améliorent notre conscience corporelle, ce qui peut à son tour développer notre conscience de soi.
Vieillissement ralenti. La méditation et le tango ont tous deux démontré leur capacité à ralentir le processus de vieillissement. La méditation peut réduire la perte de mémoire liée à l’âge, tandis que le tango est parfois utilisé comme thérapie pour les personnes atteintes de maladies comme le Parkinson et l’Alzheimer. La danse en couple améliore la capacité à faire plusieurs choses à la fois – comme naviguer dans l’espace tout en restant en synchronie avec son partenaire. Des recherches – dont une étude de 2015 sur le tango pour les personnes atteintes de la maladie de Parkinson, menée par l’Institut neurologique de Montréal et l’Université McGill – ont montré que le tango argentin offre des bienfaits particuliers pour le cerveau, probablement en grande partie en raison de sa nature improvisée.
Bienfaits psycho-émotionnels. Sur ce plan, la méditation et le tango ont beaucoup en commun. Être un bon danseur de tango et un partenaire attentionné implique de lâcher prise sur l’ego, ce qui est un concept important en méditation. Les danseurs de tango doivent également être capables d’abandonner le plan préétabli – un autre concept présent dans le processus de méditation (et un sujet que j’ai exploré dans cet article). Et avez-vous déjà suivi un cours de tango où les enseignants n’ont pas mentionné la nécessité d’être présent ? Dans l’instant, dans son corps, pour son partenaire. La méditation, elle aussi, est un exercice de présence.
De façon anecdotique, les personnes qui comparent le tango à la méditation disent toutes la même chose : cela leur permet de lâcher prise sur leurs pensées, leurs inquiétudes et leurs stress, et de vivre pleinement dans le moment présent. C’est l’une des choses qui m’a attirée vers la danse, et plus particulièrement vers le tango argentin. J’ai un cerveau trop actif – le genre qui adore me réveiller à 3 h du matin ou me distraire de la tâche en cours – et le tango est l’une des seules activités qui est à peu près garantie d’apaiser mon esprit et de me rendre pleinement présente. La méditation m’attire pour les mêmes raisons, bien que le travail soit pour moi plus difficile sans la musique, le mouvement et le contact humain pour m’aider.
La plupart des danseurs disent également qu’un état méditatif est plus facile à atteindre pour la personne qui danse le rôle de l’interprète. En tant que personne qui danse les deux rôles (mais qui considère encore le rôle d’interprète comme son rôle principal), je suis d’accord. Parce que les guides doivent maintenir une bonne partie de leur attention sur la navigation et la planification des pas, il n’est pas si facile de lâcher prise mentalement et d’entrer dans cet état d’abandon. Cela ne veut pas dire que c’est simple pour les interprètes : atteindre un tel état exige une immense confiance en leur partenaire et en eux-mêmes. Cela requiert également une écoute active ; ainsi, comme pour la méditation, il ne s’agit pas simplement de «vider son esprit» ou de «ne pas penser». Il faut apprendre sur quoi se concentrer (la connexion, la technique, la musique) et à quoi renoncer (le doute, la frustration, les erreurs). Puisque la méditation commence par la concentration, les guides peuvent eux aussi y accéder grâce à un focus profond sur des éléments comme la musicalité et la connexion. Une suggestion : ne parlez pas pendant que vous dansez. Cela nuira certainement à toute possibilité d’atteindre un état d’abandon ou de flow.
Cela dit, j’ai eu récemment un échange intéressant avec deux amis tangueros. Vers la fin d’une milonga, nous étions tous les trois épuisés et avons décidé d’éviter les miradas dans notre direction et de rester assis pendant une tanda – une magnifique tanda de Pugliese. À un moment, j’écoutais la belle musique et j’ai dit : «Je n’arrive pas à croire qu’on ait tous choisi de ne pas danser celle-là !» Et mon ami qui guide a dit : «Mais c’est merveilleux. Je n’ai pas à me soucier d’être intéressant, alors je peux vraiment juste profiter de la musique !» Nous avons tous ri, mais je comprenais exactement ce qu’il voulait dire. Bien sûr, on apprécie la musique sur laquelle on danse, mais particulièrement en tant que personne qui guide, le désir sous-jacent d’être créatif, de bien faire les choses et de garder son partenaire heureux peut constituer une distraction exigeante ; s’asseoir de temps en temps pendant une tanda peut soulager la pression de constamment «faire» avec la musique et permettre de simplement «être» en elle.
Je ne peux pas écrire sur la méditation sans aborder le yoga. Les deux ne sont pas synonymes : on peut pratiquer la partie physique du yoga sans pratiquer la méditation, et on peut pratiquer la méditation sans faire de yoga. Mais dans mon expérience personnelle en tant que pratiquante et enseignante de yoga, ils sont inséparables. Le vrai yoga est bien plus que le chien tête en bas ou les salutations au soleil, et la méditation en est une partie intégrante. Chaque savāsana (posture de relaxation) à la fin d’une pratique est une forme de méditation ; chaque fois que nous nous concentrons sur notre souffle, nous nous dirigeons vers une pratique méditative. Ajoutez les bienfaits des postures de yoga à ceux du processus méditatif, et les similitudes avec le tango ne font que se multiplier. Le yoga et le tango exigent tous deux un travail postural et une conscience corporelle ; tous deux peuvent améliorer l’alignement, la force, la mobilité, l’équilibre et la santé cardiovasculaire. En yoga, les postures physiques précèdent la méditation parce que si nous ne sommes pas bien alignés et bien positionnés, nous serons physiquement inconfortables et aurons du mal à méditer. En tango, si nous ne sommes pas bien alignés et bien positionnés, nous aurons du mal à danser parce que nous et nos partenaires ressentirons de l’inconfort.
Un autre enseignant m’a dit un jour : «Ce que le yoga est au conditionnement physique, le tango l’est à la danse», signifiant que le yoga et le tango exigent tous deux une conscience profonde du corps et de soi-même, plus que dans certaines autres formes d’exercice ou de danse sociale.
Même les conseils que je lis sur l’apprentissage de la méditation ressemblent à ceux que je donne à mes élèves de tango :
Une pratique régulière compte plus qu’une longue pratique. Mieux vaut quelques courtes séances par semaine qu’une seule longue séance.
Si votre esprit s’égare, ce n’est pas grave. En méditation, vous remarquez ce qui se passe dans votre esprit et redirigez vos pensées vers le focus de votre pratique. En tango, si votre esprit s’égare, cela signifie que vous ne réfléchissez pas trop et que vous dansez ce que vous ressentez, en utilisant votre instinct et la technique acquise plutôt que vos pensées conscientes.
Évitez de viser la perfection. Même les pratiquants de longue date peuvent trouver la méditation difficile. Et même les maestros professionnels peuvent trouver le tango difficile. Les deux sont des pratiques à vie, enrichissantes pour la vie, qui consistent à récolter les bienfaits du chemin parcouru plutôt que de toujours « bien faire » ou de chercher à atteindre une destination finale.
Alors, en quoi le tango ne ressemble-t-il pas à la méditation ?
Bien sûr, le tango est une activité sociale, ce qui est probablement la plus grande différence avec la méditation, une démarche plutôt solitaire. Cependant, la méditation est centrée sur la connexion à soi-même, et, comme mentionné ci-dessus, nous devons également nous connecter à nous-mêmes si nous voulons améliorer notre danse.
En tango, vous utilisez des outils – la musique et le mouvement – qui aident à canaliser votre concentration et à vous distraire de votre esprit agité et du monde extérieur. On pourrait soutenir que ce n’est pas là une véritable méditation, car les distractions nous détournent, justement, du processus. Cependant, le tango est certainement un type d’exercice de concentration, et, encore une fois, la concentration est une étape sur le chemin de la méditation.
Il y a quelques années, j’ai participé à une retraite de méditation silencieuse où, en plus des nombreuses heures de méditation assise, nous pratiquions ce qu’on appelle la méditation marchée : nous marchions dans les bois en silence, en essayant d’être présents et pleinement concentrés sur nos mouvements, notre environnement et nos sensations. Ça ressemble beaucoup au tango, non? Sans le partenaire, bien sûr.
Alors je suppose que le tango, sans être exactement de la méditation, est presque indéniablement méditatif. En tout cas, il nous fait du bien de bien des façons similaires.



